
TRIBUNE - « Valérie Pécresse, la jeunesse vous demande des réponses, pas des sanctions ! »
par le groupe Socialiste, Écologiste et Radical
Lundi 12 octobre 2026

@Abdul Saboor
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience », écrivait René Char. Depuis plusieurs semaines, la jeunesse francilienne, et plus largement française, trouble la certitude des adultes selon laquelle elle serait dépolitisée, voire apathique. En Île-de-France, les revendications des lycéennes et lycéens sont claires : le manque de personnels, des professeurs non remplacés, des classes surchargées, mais aussi des bâtiments vétustes, une restauration scolaire saturée, des passoires thermiques, les inégalités entre établissements et l’angoisse autour de l’illisibilité de Parcoursup.
La présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse n’évoque pourtant que les dégradations dans les médias pour éviter de parler des vrais problèmes. En somme, elle fait la sourde oreille face au cri de la jeunesse.
Disons le tout de go, rien ne justifie la violence. Brûler une poubelle ou casser un portique ne fera jamais avancer la cause de l’école. Mais cette condamnation ne saurait servir de paravent. Pourquoi des milliers de jeunes considèrent-ils aujourd’hui qu’ils doivent faire grève ou bloquer leur établissement pour être entendus ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas été écoutés en amont. Peut-être parce que des adultes en responsabilité sont comptables de leur mal-être. Alors que Valérie Pécresse s’étonne désormais de voir la jeunesse se soulever, elle semble découvrir que les ambitions de cette génération vont au-delà de chèques ou d’ordinateurs offerts, d’ailleurs souvent défaillants, dans des classes inadaptées… Tout cela une semaine seulement après avoir conclu en grande pompe ses « Assises de la jeunesse », pendant lesquelles elle a fièrement annoncé avoir répondu à leurs attentes ! Le fossé de ses annonces et des préoccupations des jeunes est immense, et l’exécutif est très loin du compte.
Tâchons d’éviter les écueils de l’âge adulte, à savoir le paternalisme envers une jeunesse qui se révolte. Au contraire, inspirons-nous d’eux, et portons dans la rue, le Parlement ou les hémicycles des collectivités territoriales leurs revendications. Car la droite, qui l’imagine instrumentalisée, se trompe. Elle est tant déconnectée de la réalité et de ces mouvements sociaux qu’elle est incapable de penser que la jeunesse peut penser. Le mouvement s’est propagé largement par les réseaux sociaux à partir de mobilisations locales, notamment en banlieue parisienne. A cet égard, signalons que le lycée Saint-Exupéry, à Créteil, d’où était partie la première mobilisation, mêlant personnels de l’Éducation Nationale et élèves, a obtenu gain de cause. Preuve de l’utilité des mobilisations s’il en fallait une !
Dans le même temps, Valérie Pécresse rabâche à qui veut l’entendre que le mouvement lycéen se limite à son versant violent. Mais les casseurs ne représentent qu’une infime minorité des lycéens mobilisés ! Et étrangement, de sa part, pas un mot pour les mains arrachées, les yeux éborgnés, les vies traumatisées, les contrôles d’identité, les interpellations par milliers. Elle n’en a cure. Étrangement, pas un mot non plus sur les fuites d’eau, ni sur les salles surchauffées dénoncées par les élèves du lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, ni sur les difficultés matérielles et le manque de moyens du lycée Jean-Jaurès de Montreuil, ou ni sur les problèmes de chauffage rapportés par les élèves du lycée Maryse-Condé de Sarcelles. Les exemples catastrophiques sont encore nombreux et ce mouvement lycéen a le mérite de les mettre en lumière.
Ce bilan de la vétusté et du manque de moyens des lycées franciliens est celui de Valérie Pécresse. Elle qui aime tant à rappeler le passé, aurait-elle oublié les 80 000 postes d’enseignants supprimés lorsqu’elle était ministre sous Sarkozy ? Après plus de dix ans à la tête de la Région, Valérie Pécresse ne peut plus se défausser sur ses prédécesseurs. Personne ne prétend qu’aucun lycée n’a été rénové depuis 2015. La question est celle du résultat. Quels établissements restent dégradés ? Quels travaux restent nécessaires ? Quand seront-ils réalisés ? Après bientôt onze années de pouvoir, les Franciliens devraient pouvoir disposer d’un état des lieux précis, lycée par lycée, des besoins, des travaux et de leur calendrier. La Chambre régionale des comptes l’a d’ailleurs demandé à plusieurs reprises, l’opacité doit cesser.
Les choix budgétaires de l’exécutif sont tout aussi révélateurs. Valérie Pécresse prétend que les moyens des lycées - dont la Région a la responsabilité - augmenteraient pour 2027. C’est faux. En réalité, si l’enveloppe globale augmente d’un maigre +0,68%, concentrée sur quelques établissements, ce sont 6 lycées sur 10 qui vont connaitre une baisse des moyens donnés par la Région ! Pire, en Seine-Saint-Denis, où les besoins sont pourtant forts, ce sont 7 établissements sur 10 qui accusent une baisse cette année. Même inconséquence face au dérèglement climatique. Dès 2019, le CESER alertait sur l’inadaptation des lycées franciliens aux fortes chaleurs. Sept ans plus tard, après la canicule de juin 2026, la Région lance seulement un questionnaire pour identifier les locaux exposés et les équipements disponibles … Pendant ce temps-là, des lycéens passent leurs épreuves de baccalauréat au sous-sol de leur établissement. Enfin, rappelons que l’Imagine R continue d’augmenter chaque année en vertu du protocole financier signé entre IDFM et l'Etat et que 2027 ne devrait pas faire exception, puisque celui-ci devrait passer de 401 à 413 € selon les projections.
Au-delà des lycées, cette colère de la jeunesse intervient chez une génération brutalisée par le XXIe siècle et nous devons l’entendre. Santé publique France indique qu’en 2024, 19 % des lycéens présentaient un risque important de dépression et 20 % déclaraient avoir eu des pensées suicidaires durant les douze mois précédents. Ces chiffres ne sont évidemment imputables ni à Valérie Pécresse ni à une seule politique publique mais devraient l’obliger à prendre au sérieux la parole des jeunes.
Valérie Pécresse cherche à faire de cette crise un sujet d’ordre public alors qu’elle est d’abord aussi une crise des politiques publiques. Dix années de présidence donnent des responsabilités. On ne peut pas revendiquer chaque inauguration et renvoyer chaque difficulté à l’État, à la gauche d’avant 2015 ou aux manifestants d’aujourd’hui. Madame Pécresse, nous vous demandons de répondre de vos compétences et de votre bilan.
La jeunesse francilienne mérite bien mieux qu’une présidente qui la regarde d’abord à travers le coût d’un portail. Elle mérite bien mieux qu’une présidente qui ne propose que des sanctions et la suspension des aides sur Labaz comme seule réponse. Soyez à la hauteur du moment !
Signataires :
Nadège AZZAZ, Conseillère régionale et maire de Châtillon ; Isabelle BERESSI, Conseillère régionale ; Dorine BREGMAN, Députée de Paris ; Colombe BROSSEL, Sénatrice de Paris ; Emmanuelle COSSE, Conseillère régionale ; Hélène DE COMARMOND, Conseillère régionale et maire de Cachan ; Adrien DELACROIX, Conseiller régional et conseiller municipal de Saint-Denis ; Maxime DES GAYETS, Conseiller régional et adjoint au maire de Paris ; Dieynaba DIOP, Conseillère régionale et députée des Yvelines ; Jean-Marc GERMAIN, Conseiller régional et député européen ; Jérôme GUEDJ, Conseiller régional et député de l'Essonne ; Céline HERVIEU, Députée de Paris ; Florent HUBERT, Conseiller régional ; Fatiha KELOUA HACHI, Députée de Seine-Saint-Denis ; Jonathan KIENZLEN, président du groupe Socialiste, Écologiste et Radical à la région Île-de-France et adjoint au maire d'Alfortville ; Hadrien LAURENT, Conseiller régional ; Stéphanie LE MEUR, Conseillère régionale et adjointe au maire de Moissy-Cramayel ; Paul MIGUEL, Conseiller régional ; Audrey PULVAR, Conseillère régionale et adjointe au maire de Paris ; Roberto ROMERO, Conseiller régional ; David ROS, Sénateur de l'Essonne ; Aïssata SECK, Conseillère régionale ; Rachid TEMAL, Conseiller régional et sénateur du Val-d'Oise ; Yannick TRIGANCE, Conseiller régional.




